LES BOUTONS : PHéNOMèNE ARTISTIQUE, HISTORIQUE ET CULTUREL

25/5/2010 - Expositions - , , , , , , , ,

Exposition à la Mona Bismarck Foundation du 4 juin au 14 août 2010, Paris

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Boutons : au fil du temps

COLLECTION LOÏC ALLIO

Le matériau historique de l’exposition sera constitué par un ensemble de plus de 1500 précieux exemplaires issus de la collection Loïc Allio, considérée comme l’une des plus belles au monde.

Un rare bouton chinois vieux de 2500 ans.
Des boutons du Moyen Âge récemment exhumés, portant encore des traces de rouille laissées par leur long séjour sous terre.

Des boutons portés par la noblesse de Versailles et dans les jardins du Palais-Royal, ainsi que ceux des révolutionnaires qui assiégèrent la Bastille. La fin du XVIIIe siècle est considérée comme l’âge d’or du bouton; leur décoration devient une passion dans la haute société. Certains d’entre eux ont été attribués à des artistes célèbres – comme Carmontelle, Fragonard ou Isabey – qui produisirent des peintures miniatures que les fabricants de boutons mettaient sous verre. On dit même que la Reine de France s’essaya à ce passe-temps élégant.

De magnifiques boutons des années 1920-30, à l’usage de la haute couture pour Paul Poiret et surtout Elsa Schiaparelli. Des artistes de premier plan comme Vlaminck, Giacometti et Sonia Delaunay se saisirent de ces petits objets hautement utilitaires pour exprimer leur talent artistique, faisant de leurs boutons une partie intégrante des vêtements qu’ils embellissaient.

Des boutons bleu-blanc-rouge marquant la Libération de la France à la fin de la Seconde Guerre mondiale, portant des messages d’espoir.

Le plus grand bouton du monde en nacre: une production espagnole datant de la fin du XIXe siècle.
Des boutons faits de presque tous les matériaux imaginables – du diamant à la croute de pain dans de la résine, du Talosel à la peau d’élephant.

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Bronze ou alliage de métal, culture de l’Ordos, « art des steppes », Chine, 2500 ans ,

Bouton révolutionnaire, la prise de la Bastille, fixé sous verre, fin du XVIIIe siècle.

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Céramique sertie de métal, François Hugo pour Elsa Schiaparelli, années 40,

Perles sur métal, Roger Jean Pierre pour Yves Saint Laurent, années 60,

Bronze, Alberto Giacometti (1901-1966) pour Elsa Schiaparelli, années 30.

CLARE GRAHAM : l’artiste de récupération

Clare Graham, basé à Los Angeles, apporte la preuve que les déchets des uns sont le trésor des autres. Graham tire son inspiration de boutons usagés qu’il trouve en écumant les marchés aux puces de Californie du sud. Sa mission est d’éveiller le public au potentiel recelé par les détritus.

Selon Mayer Rus, critique d’art au Los Angeles Times, « l’échelle grandiose, la maîtrise artistique et la monomanie de l’œuvre de Graham l’élèvent du tartignolle à la sphère du sublime. » Ses lustres aux formes organiques, marines, sont confectionnés à partir de 25 000 boutons méticuleusement assemblés selon leur taille et leur couleur. Graham estime qu’il a recyclé près de trois millions et demi de boutons pour des sculptures telles que Curtain Strands (Fils de rideau) ou Convex Mirror (Miroir convexe).

À cause de la place à part qu’il occupe en marge de l’art généraliste et de la taille énorme de ses sculptures, son œuvre a rarement été vue dans des expositions traditionnelles. Pour l’exposition de la Mona Bimarck Foundation, il a assemblé un lustre spécialement conçu et repliable afin de faciliter son transport de Californie à Paris.
Graham a grandi dans une famille ouvrière de quatre enfants d’une petite ville de l’Ontario, au Canada. Recycleur de la première heure, il se débrouillait avec des vêtements de seconde main et des matériaux d’occasion. « Je suis génétiquement programmé à manier les choses qui ont déjà eu une vie utilitaire ailleurs. »

Après avoir préparé plusieurs diplômes à l’université d’Etat de Long Beach, il gagne Disneyland, où il incarne des personnages comme Dingo et l’ours Boniface. Il monte dans la hiérarchie pour devenir finalement Directeur artistique général de l’ensemble des parcs à thème du réseau Disney.

« Mon travail consiste en une suite de processus simples multipliés à la puissance N, jusqu’à ce que l’accumulation devienne signifiante. » Le public sera invité à méditer cette proposition tout en contemplant des œuvres colossales telles que Lustre Anémone.

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LISA KOKIN :

Cette « boutonologue » autoproclamée de San Francisco crée des portraits pointillistes en utilisant des milliers de boutons enfilés sur des câbles. Les créations sculpturales de Lisa Kokin, comme Rescue (Sauvetage), sont festonnées de boutons de différentes formes, tailles et couleurs, maintenus ensemble par de la fausse fibre musculaire, du lin enduit et du grillage.

Comme l’explique Lisa Kokin : « Mon travail évoque la mémoire et l’histoire, à la fois personnelle et collective, ainsi que la zone où elles se croisent. Je m’intéresse à la représentation de la condition humaine à travers les objets que nous laissons derrière nous. » Les boutons ont fait des apparitions fugitives dans la plupart de ses œuvres. Ses parents étaient tapissiers et, dans ses plus vieux souvenirs, Lisa Kokin se revoit en train de jouer dans leur atelier avec des piles de tissu vinyle et de mousse de garnissage.

Nineteen Sixty, Lisa Kokin, boutons et mixed media, 206 cm x 127 cm / 2005.

« Je couds depuis que je suis enfant et le point de   couture joue un grand rôle dans mon travail. » Il    lui était naturel de relier des boutons entre eux pour former un portrait de famille reconstitué tel que Nineteen Sixty (Mille neuf cent soixante). Elle a commencé à expérimenter cette technique en travaillant à une œuvre commémorative dédiée à son père et l’a bientôt étendue au domaine des portraits de famille, passés et présents, humains et canins.

Lisa Kokin a vu son œuvre unique récompensée par une Bourse de l’Artiste individuel du California Arts Council ainsi qu’une Bourse Euréka de la Fleishhacker Foundation.

Ses œuvres murales ont toujours eu une qualité obsessionnelle : chaque bouton est cousu à son voisin pour former une composition comme pixelisée en basse résolution. De près, chaque pièce est un mélange abstrait de couleurs et de formes ; mais plus on se tient éloigné, plus l’image devient déchiffrable.

« Cette interaction entre l’abstrait et le figuratif m’intrigue. C’est comme si je peignais avec des boutons, en créant ma palette à mesure, ajoutant et retranchant jusqu’à ce que le jeu des couleurs et des formes ‘prenne’ et constitue une image cohérente. »

LAUREN LEVY :

Seront exposées un certain nombre d’œuvres tirées de l’exposition de Lauren Levy de 2009 intitulée Beneath the Palm of My Hand (Au-dessous de la paume de ma main). Levy a choisi les boutons comme matériau principal, expliquant : « Quand j’étais petite, en visite chez ma grand-mère, on me récompensait de ma bonne conduite en me permettant de jouer avec la boîte à boutons. Les boutons sont pour moi le matériau parfait pour incarner les notions de perte, de joie, de peine, de tendresse et la folie des émotions extrêmes qui s’ensuivent. »

God into God, Lauren Levy, boutons et tissu, 2009,

71,12 cm x 91,44 cm.

Lauren Levy est née à Corpus Christi et a fait des études d’art et d’infirmière à l’université du Texas. Elle a poursuivi ses études à l’Ecole des Arts et Techniques de l’Oregon, en art de la forge. « J’ai commencé à fabriquer des sculptures en fil de fer et boutons en 1991, après la naissance de mon premier enfant. J’avais fait jusque là de petites sculptures en métal en utilisant des techniques de forge traditionnelles mais, quand mon bébé a été là, j’avais à peine le temps d’allumer le chalumeau que la sieste était déjà finie. J’ai vite compris la nécessité d’adopter une approche directe, plus rudimentaire, à la fabrication d’objets en métal. »

Les œuvres tridimensionnelles consistent en armatures métalliques couvertes de boutons et façonnées pour ressembler à des animaux sans tête ou des manteaux vides. La critique d’art de l’American Statesman, Jeanne Clair Van Ryzin, a décrit la sculpture de Levy comme « des formes enfantines invitant à l’étreinte imminente », mais poursuit en clarifiant : « (…) le sentiment de perte qui les entoure est palpable. Les dichotomies de la vie sont plus visibles que jamais (…) ».

Sur ses tentures murales, Levy expérimente les boutons en tant qu’outil pour dessiner des objets sur le tissu. Des œuvres telles que God into God (Dieu entre en Dieu), associent des éléments en deux et trois dimensions pour en former un seul. Des carrés noirs de tissu fournissent un fond simple aux images dessinées à partir de boutons figurant des ciseaux et leurs permutations.

Dans des tentures comme Untitled Dress (Robe sans titre), Levy utilise des boutons anciens pour fabriquer de petits manteaux et robes. Les tissus sont travaillés de myriades de points cousus, quasiment comme un patchwork, certains bordés de triangles contrastés – de fines décorations ajoutant une subtile texture à l’ensemble.

Lauren Levy dit de ces œuvres : « Cette série représente l’adaptation et le changement – l’idée que le changement peut se présenter d’abord lentement puis, en un instant, basculer dans le différent et l’intéressant. »

AMALIA AMAKI :

L’artiste et historienne d’art Amalia Amaki développe dans ses coffrets et éventails de prière incrustés de boutons des thèmes liés à son étude de l’héritage africain-américain. À première vue, l’essentiel de l’œuvre d’Amaki ressemble à un assortiment de jolis objets nostalgiques : boîtes de chocolats en forme de cœur enveloppées de papier doré et coffrets à bijoux incrustés de pierreries. Des éventails d’église ouvragés, inspirés par les éventails en papier colorés que les femmes des églises noires du Sud utilisent pour se rafraîchir, encadrent des photos de famille d’époque. Les appétissants chocolats noirs sont en fait des boutons. Les pierreries décorant les coffrets et les montants d’éventail en sont aussi.

Les boutons sont à la base du travail d’Amaki, surtout les boutons usagés. « L’idée qu’ils soient touchés par toutes ces mains inconnues… qui sait combien de mains ont touché un seul bouton ? En même temps, ils sont très beaux, très ornés, comme des bijoux. Il y a tous ces merveilleux passés contenus dans les boutons. »

À travers son usage des boutons, Amaki explore leur rôle dans l’histoire de la culture africaine-américaine, au sein de laquelle ils étaient considérés comme des articles précieux. Au temps de l’esclavage, avoir des boutons à ses habits était un signe particulier de prestige. Les boutons étaient souvent collectionnés comme des bijoux de famille personnels ou utilisés en guise de monnaie non-officielle.

Transformer des objets de tous les jours en art est le style distinctif d’Amaki. « J’adore prendre un objet inattendu et le redéfinir dans le contexte de l’art – comme un bouton, un éventail, une photo défraîchie. S’il y a une chose qui est restée constante dans ma démarche artistique de ces vingt dernières années, c’est mon désir d’abattre les murs entre le soi-disant « artisanat » et les soi-disant « beaux-arts ».

Amalia Amaki est née et a grandi en Géorgie, où elle a reçu de l’université d’Emory son doctorat en Art américain du XXe siècle. En 2001, elle est devenue Curatrice de la Collection d’art Paul R. Jones de l’université de Delaware, une des plus prestigieuses collections d’art africain-américain du monde. Elle est actuellement professeur d’histoire de l’art à l’université d’Alabama.

Beaucoup des œuvres aux boutons de cette exposition parisienne faisaient partie à l’origine d’une rétrospective de 2005 intitulée Boîtes, Boutons et le Blues, au Musée National des Femmes dans les Arts. Les œuvres d’Amaki sont présentes dans les collections permanentes du Grand Musée d’Art,
du Musée des Beaux-Arts de Houston, du Musée d’Art du Minnesota et de l’université d’Emory. Sa fresque ornée de boutons intitulée Sojourners (Visiteurs) a été installée en 1999 à la Porte E-5 de l’aéroport international d’Atlanta.

PENELOPE LEAVER GREEN :

L’artiste britannique Penelope Leaver Green explore la place plus obscure qu’occupent les boutons dans notre culture – la phobie des boutons ou « fibulanophobie ». Leaver Green utilise les boutons dans des collages de tissus pour étudier et répertorier les réactions extrêmes à un objet quotidien. Des réactions extrêmes qui sont plus fréquentes qu’on ne l’imaginerait. (On dit que le grand jazzman Duke Ellington aurait retardé un concert de trente-cinq minutes pendant que des assistants cherchaient une chemise sans boutons !)

L’artiste explique comment son projet a commencé : « J’ai reçu une boîte de boutons d’une amie. Ils avaient appartenu à sa belle-mère, qui venait de mourir, et elle ne savait pas quoi en faire. Ils étaient faits pour une grande variété de vêtements et à partir de toutes sortes de matériaux différents. J’ai passé un temps fou à les trier par taille, par couleur, par ancienneté, etc. C’était compulsif. »

En observant sa propre réaction compulsive devant la boîte à boutons, Leaver Green découvrit la personne phobique aux boutons qui éclaira ensuite ses recherches : « Mon amie m’expliqua qu’on lui avait souvent donné la boîte à boutons de sa grand-mère pour qu’elle joue avec et que celle-ci lui avait inspiré un vif dégoût. Je lui ai envoyé des photos de boutons et lui ai demandé de les classer par ordre de répulsion (il s’est avéré que notre sujet éprouvait une aversion particulière pour les boutons ordinaires en plastique à quatre trous « où se loge la saleté »).

Par le biais d’internet, Leaver Green découvrit beaucoup d’autres fibulanophobiques. « Après avoir rencontré une première phobique aux boutons en personne, j’en ai trouvé des milliers d’autres en ligne, chacun commentant sa propre répulsion. Il y avait des similarités dans leurs réactions mais aussi des idiosyncrasies et, finalement, très peu pouvaient expliquer d’où leur venait cette phobie. »

Leaver Green a étudié l’anglais et le théâtre à l’université d’Exeter et est diplômée de la Formation Supérieure Motley à la scénographie du Théâtre Almeida d’Islington, à Londres. Depuis 2008, elle travaille comme artiste sur textile professionnelle à Bristol, au Royaume-Uni. Au centre de son œuvre se trouve le savoir-faire, l’utilisation de l’aiguille et du fil pour explorer divers concepts et défis, créant un nouveau niveau de sens dans le dialogue entre le medium et le message. »

RENSEIGNEMENTS PRATIQUES

• Lieu
Mona Bismarck Foundation – 34, avenue de New-York – 75116 Paris – 01 47 23 38 88

• Dates et horaires de l’exposition
Du 17 avril au 17 août 2010 Du mardi au samedi, de 12h à 18h30 Fermé les jours fériés
Entrée libre – Catalogue disponible

Article tiré du Fashion Mag.

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COMMENTAIRE

  1. Bonjour,
    de passage sur votre blog en provenance de celui de Benissa :
    http://benissa.over-blog.com/article-boutons-phenomene-artistique-historique-et-culturel-54130332.html

    sur le thème des boutons, ‘j’ai beaucoup apprécié votre article,
    les boutons je les utilise pour mes réa en scrap ….. et c’est une vraie source d’inspiration, surtout les anciens chinés sur les brocantes
    a bientôt peut être
    Amitiés sandrine