
Ces dernières années, les artistes contemporains, qu’ils soient ouvertement « éco- sensibles» ou simplement attentifs aux évolutions de notre monde, ont su déceler dans certains matériaux courants un potentiel insoupçonné de propositions artistiques.
L’exposition REHAB, l’art de re-faire (diminutif de réhabilitation), proposée à l’Espace Fondation EDF, invite à un cheminement aux côtés d’artistes, dont les œuvres aux qualités esthétiques inattendues, détournent des objets familiers, domestiques ou usuels et offrent de nouvelles expériences créatives.
Les œuvres de REHAB proposent de redécouvrir des matériaux dont on croyait avoir fait le tour, du meuble en formica jusqu’au carton d’emballage. Sculptures, vidéos, photographies ou installations se révèlent en outre les moyens et médiums de prédilection employés par la quinzaine d’artistes travaillant en France et à l’étranger et réunis par Bénédicte Ramade à l’occasion de cette nouvelle exposition.
La richesse de leur travail illustre la capacité qu’ont les artistes, chacun à leur manière, de cultiver la double dimension du déchet : être à la fois un matériau résolument contemporain aux propriétés physiques ambitieuses et un sujet parfaitement en phase avec les questions sociétales les plus urgentes comme l’environnement. Sans être péremptoires ou dénonciateurs, les artistes expriment à travers leurs Å“uvres une possibilité de prendre part subtilement à ce débat de société, et ce, sans jugement.
Cette exposition souligne l’engagement des architectes, des designers, des paysagistes ou des artistes qui sans cesse renouvellent, par la force de leurs créations la mise en perspective des grands enjeux de notre société.
Et le résultat est étonnant. Sculpture constituée de lampes de bureau et tiroirs de Michael Samuels, vidéo de Gordon Matta-Clark, ‘Fresh Kill’ (1972) sur l’une des plus grandes décharges américaines, reconstitution d’une forêt tout en raffinement chez Eva Jospin, ou encore accumulation oppressante de papier dans l’œuvre de Marjan Teeuwena…
Toutes ces Å“uvres étonnent, touchent, provoquent et démontrent avec brio les possibilités plastiques offertes par le « déchet » lorsqu’il est détourné par le regard de l’artiste… mais aussi par celui du public avec lequel se met en place un jeu de reconnaissance et de familiarité avec le matériau « d’avant ».
A travers les œuvres de cette quinzaine d’artistes travaillant sur le recyclage, Rehab trace une histoire de l’art « écologique » qui est tout sauf ennuyante.
Rebuts, composites « cheap» , la plupart des oeuvres présentes n’occultent pas leur origine (qui est du seconde-main) et jouent avec l’idée de recyclage.

Découpée en trois parties (rez-de-chaussée: Révélation interroge l’identité du déchet.
Le sous-sol: Métamorphose montre une réalité recomposée à partir de classements subjectifs ;
Enfin, Glissade – au 1er étage- travaille des dérapages contrôlés des mises en équilibre qui offrent un nouvel esthétisme), l’exposition nous accueille, dès l’entrée, avec un gigantesque palmier, comme carbonisé, qui s’élève dans l’espace.
L’arbre, oeuvre de Douglas White, semble un vestige. De quoi ? Brusque changement climatique, guerre du caoutchouc ?
Plus loin, Eva Jospin va à contresens du processus de consommation. A ceux qui jette les cartons d’emballage, Eva préfère les récupérer, les accumuler pour ensuite les sculpter. Telle une matière première rare, le carton est travaillé en couche et prend des mois pour constituer une marqueterie « cheap» .
Au sous-sol, Lucie Chaumont s’amuse à étaler à même le sol son» Empreinte écologique» . Tout de blanc, des milliers de plâtres, moulages de centaines d’emballages alimentaires, laissent voir qu’une consommation éphémère laisse aussi une empreinte indélibile dans l’environnement.
Décalées, « les Peaux» de Christian Gonzenbach» , ne sont autres que les coques plastiques d’objets électroménagers désossées, tendues et clouées au mur tels des trophées de chasse.
Ou quand le quotidien devient objet de curiosité.
Enfin, on s’interroge sur ces drôles de totem (1,93 mètres) que sont les colonnes de Gitte Schäfer entre art et artisanat, copie et recyclage, voir sauvetage et déchéance.
Au final, on se prend à aimer ces drôles d’oeuvres, explorations artificielles et oniriques du sujet « vert» .
REHAB, l’art de re-faire – Espace Fondation EDF, 6 rue Récamier, 75007 Paris
Expo jusqu’au 20 février 2011 – Entrée libre